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 [RP] Se repentir.

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Kÿe
Loup
Messages : 35
Date d'inscription : 24/06/2010
MessageSujet: [RP] Se repentir.   Mer 4 Sep 2013 - 0:01

"J'avais mes raisons."

Depuis quatre années, le Noircastel n'était pas revenu à Saint-Aignan. Était-ce parce que son fils habitait Bourges ? Tout comme ses amis maintenant ? Ou était-ce parce qu'il n'avait tout simplement pas envie d'y retourner pour la voir ? Quatre années que Kÿe n'était pas retourné dans cette ville, qu'il n'avait pas foulé du pied le pavé de la place centrale, qu'il n'avait pas vu le parvis de l'église dont il était sorti marié à la plus belle du monde, selon lui. Depuis son retour, il avait toujours des prétextes pour ne pas y aller, tantôt c'était une importante affaire qu'il ne pouvait pas remettre au lendemain, tantôt des amis qui partaient bientôt et qu'il ne pouvait pas laisser comme ça. Mais voila, depuis qu'il était revenu, il ne pouvait pas supporter les remarques et les regards de son fils lorsqu'ils abordaient ce sujet. Kÿe est froid et limite distant, il n'extériorise que très rarement ses sentiments et pourtant cela ne l'empêche pas de souffrir lorsque son fils met la mort de sa mère sur le dos de son père, lorsqu'il lui reproche en face, devant un public, en taverne d'avoir tué sa mère à cause de son départ pour la Bretagne, le Noircastel ne peut pas lui en vouloir, c'est "normal" après tout. Et c'est plus dans l'idée d'améliorer ses relations avec son fils plutôt que de se repentir qu'il est parti à Saint-Aignan en ce vendredi de Mai.

Il était parti tard dans la nuit, hésitant, ne désirant absolument pas y aller. On lui avait dit que sa femme était toujours vivante d'une certaine manière et qu'elle hantait le cimetière de la ville. N'importe qui à sa place ne voudrait pas y aller, enfin je pense ? Si elle était vraiment toujours là, quelle serait sa réaction ? Serait-elle contente de le voir ou voudrait-elle le tuer pour lui avoir fait subir ce qu'elle a subi ? Le seul moyen de savoir c'était d'y aller et Kÿe était donc parti tard dans la nuit à cheval, pour arriver tôt dans la matinée à Saint-Aignan. Le soleil se levait à peine mais le ciel était encore noir, lorsqu'il approcha de l'enceinte de la ville l'orage gronda et lorsqu'il passa l'enceinte du mur extérieur, la pluie tomba. Ce n'était pas une simple pluie fine, quelques goûtes et puis voila, c'est fini. Non là, c'était une pluie diluvienne, le genre de pluie qui annonce un été chaud. Rapidement Kye se retrouvait trempé de la tête au pied, ses cheveux s'étaient regroupés en mèches humides qui serpentaient sur son visage et dans son dos. Son armure servait d'orchestre à la pluie, jouant le parfait rôle de chef, la symphonie n'était pas désagréable.
Le cavalier avançait lentement dans la ville, chaque rue lui rappelant de merveilleux souvenirs. Il s'arrêta pendant un long moment devant l'église de Saint-Aignan, observant le parvis et se rappelant de nombreux souvenirs.

Il resta là-immobile devant l'église mais c'était comme si il revivait chaque instant de cette journée. Il se souvenait avec exactitude de la présence de chacun de ses amis, de leur emplacement dans l'église, de leur orientation lorsqu'ils étaient sortis tous les deux de l'église, main dans la main. Il se souvenait aussi du bon temps qu'il faisait, pendant un instant il avait l'impression que la chaleur du soleil lui caressait le visage mais ce souvenir fût balayer par la gifle d'un courant d'air glaciale et il repris la route vers la forêt, là où il habitait avant.
June lui avait dit que la maison n'était plus habitée maintenant, que c'était son frère JigSaw qui y avait habité pendant un moment et que maintenant plus personne ne vivait là-bas. Seul Koraï, sa fille, y allait de temps en temps quand elle revenait en Berry et June aussi quand il allait nettoyer la tombe de sa mère. Le Noircastel n'alla pas plus loin que le portail de la maison, c'était déjà bien plus que suffisant pour lui, les souvenirs étaient toujours là mais nul doute que tout ce qu'il avait laissé dans la maison n'y était plus plus, depuis le temps et ses enfants avaient surement dû la décorer à leur gout.

Après quelques instants à regarder son ancienne demeure, il pris la direction du cimetière. Il pleuvait toujours et il y avait toujours de l'orage. Il descendit enfin de son cheval et continua dans le cimetière à pied, en direction de la tombe, à l'écart, sous un arbre.

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"Kÿe il est trop swag." JD Kÿe
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Kerah
Louve
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MessageSujet: Re: [RP] Se repentir.   Ven 27 Sep 2013 - 0:16

L'orage... Perturbation atmosphérique, ordinairement de peu de durée, qui se manifeste par un vent impétueux, de la pluie ou de la grêle, des éclairs et du tonnerre. Tant de mots savants qu'elle avait lus, un jour, à la bibliothèque Volpone. A cette époque-là, bien lointaine à présent, le jeune Volpone de Médicis n'avait pas encore donné son nom à l'établissement. Impossible cependant de se rappeler le substantif de l'endroit jadis ; ces souvenirs étaient trop vagues. Étrange qu'elle se souvienne mot à mot de la définition, et pas du fameux patronyme. Tout aussi étrange, d'ailleurs, qu'elle se souvenait des trois autres définitions du mot, et pas de ce qu'était le beau temps, par exemple. Que disait la deuxième, déjà ? Elle chercha un peu, mais pas longtemps, car la phrase était rapidement venue à elle : "Malheurs dont on est menacé ; disgrâces qui surviennent tout à coup, soit dans les affaires publiques, soit dans la fortune des particuliers". A vrai dire, cette définition ne lui avait guère parlé ; elle l'avait surtout mémorisée grâce aux mots "malheurs " et "disgrâces", qu'elle trouvait poétiques. Et la troisième, que disait elle ? Aux rappels flous de sa mémoire, elle se souvient que cela parlait de choses mauvaises, de relations mauvaises, comme... Comme des disputes ! Oui, c'était cela : "Désaccord violent qui se produit entre deux ou plusieurs personnes". Non, celle-ci ne l'avait pas intéressée non plus, lorsqu'elle l'avait lue. Une petite voix lointaine chuchotait dans sa tête que c'était la quatrième définition qui importait, qui correspondait le mieux. Mais elle ne la savait plus. Elle compta sur ses doigts. Un, deux, trois, quatre... Que disait l'annulaire ?
Ah, oui ! Non. Si. Sa tête la torturait; comme chaque jour. Donne-moi cette foutue définition !
Sa colère s'estompa aussi rapidement qu'elle s'était déclenchée. La confusion qui embrumait son esprit se tut. Voilà, la phrase que tu veux.


"Ce qui vient troubler la paix de l'âme."

Exact. C'était tout à fait cela. Voilà ce qu'elle ressentait, voilà ce qu'était cette meurtrissure de son âme : un orage. Et ça, chaque jour depuis le moment fatidique de Son départ. Prisonnière de la pierre froide et dure d'une tombe que plus personne ne venait fleurir, avec pour seul compagnie les arbres dont les feuilles bruissaient dans l'air et les oiseaux qui chantaient, ainsi que, moins réjouissant, les vers qui voulaient en permanence lui croquer un bout de couenne.
La rousse venait, de temps en temps. Elle parlait, assise sur le bord de la pierre, et elle écoutait le vent lui répondre. La Poète n'osait pas lui montrer sa présence ; elle ne l'avait fait qu'une fois, brièvement, mais la jeune femme, superstitieuse, avait eu peur. Depuis, elle n'était plus revenue. Jamais plus l'esprit ne pourrait admirer sa fille, dont la beauté était à ses yeux inégalée. Elle garderait pour seul souvenir des boucles rousses les moments où elle les peignait pour les démêler, lorsque l'enfant protestait. Il y avait aussi le jumeau, le deuxième, celui avec les cheveux longs. Il venait rarement, mais il venait. Ses visites étaient simples, courtes, mais les bouquets de fleurs sauvages qu'il déposait étaient un grand bol d'air. Puis, un jour, il était venu, sans rien changer à ses habitudes ; mais c'était la dernière fois.
Il n'y avait plus que l'aîné qui venait, toutes les semaines environ. Il lui demandait comment elle allait, ce qui en soi était une question assez idiote, car on ne demande en général pas cela à un mort. Mais pour lui, c'était important. Il s'asseyait à côté d'elle, et elle lui répondait que ça allait mieux, maintenant qu'il était arrivé. Et ils discutaient, de tout, de rien, du temps qu'il fait et du temps qui passe. Elle lui parlait des passereaux qu'elle voyait, il lui décrivait sa vie de tous les jours, ses joies, ses peines, ses déceptions. Elle le réconfortait de cette vie, il lui faisait oublier la mort. Car elle ne l'était pas, morte, pas vraiment. Elle était entre les deux. Son corps reposait là, comme il le devait, mais son esprit n'avait pas réussi à rejoindre Aristote, trop vivant pour mourir.

June lui avait dit un jour, il n'y a finalement pas si longtemps que cela, qu'Il était revenu. Qu'Il n'était pas mort. Il préférait le lui faire savoir. Elle lui avait fait promettre d'essayer de l'amener ici, pour qu'elle puisse l'admirer de nouveau. Lui, le seul à qui elle avait donné son coeur. Elle voulait revoir ses cheveux raides et noirs, ses traits durs, ses yeux perçants. Elle aurait aimé caresser de nouveau ses pommettes saillantes et son excroissance à l'oreille gauche. Elle désirait encore partager une nuit à regarder les étoiles, allongée dans l'herbe à côté de lui, main dans la main. Avant, elle rêvait de mourir ; maintenant qu'Il était revenu, là, tout près d'elle, elle ne souhaitait plus que vivre de nouveau.
Mais elle ne pouvait pas. Elle n'en avait pas le droit. La Nature lui interdisait cela. Chacun n'a droit qu'à une seule vie, même si elle est courte. Le grand blond avait tenté de la consoler de cette fatalité, en vain. Elle lui avait demandé quelle sensation cela faisait lorsque son corps de brume le touchait ; hélas, ce n'était qu'un frisson, froid, glaçant, glauque. Elle ne pourrait pas toucher son amant lorsqu'il viendrait la voir ; car June avait promis qu'il viendrait, plusieurs fois. A chaque fois qu'elle demandait, il promettait.
Son fils avait cessé peu à peu de venir ; il lui avait dit qu'il voulait laisser le chemin libre à Kÿe. Mais le Loup blond n'avait pas tenu sa promesse. Voilà trois mois qu'il lui avait dit son dernier au revoir, qui avait retenti comme un adieu, et son père n'était jamais venu, à croire que même la nouvelle de son retour n'était que mensonge. Et elle, errant tel un fantôme dans le cimetière de son village, elle regardait chaque jour avec tristesse les autres tombes, dernières demeures de ses amis. Mimi, Anthelm', Eva, Chick, Drizz, tous ceux-là et d'autres encore qui avaient fait partie de sa vie et de celle de Kÿe. Chaque jour durant, elle guettait l'entrée du parc, mais c'étaient d'autres visiteurs que l'attendu.

De colère, de rancoeur, elle avait oublié sa bonté, sa gentillesse, et elle terrifiait ceux qui passaient par inadvertance auprès de sa tombe de ses excès de rage manifestés par des hurlements à glacer tous les sangs. Les villageois avaient du exhumer son corps malgré sa fureur, et déplacer sa tombe à l'écart, afin que chacun puisse venir visiter ses morts en paix, sans craindre de repartir avec des cheveux blancs. Mais elle continuait tout de même, s'activant à accueillir chacun d'un rire cynique, et elle murmurait en l'air des malédictions et des horreurs à ceux qui s'approchaient un peu trop. Si elle avait pu y penser un instant, elle aurait eu l'espoir qu'on aurait informé June et Kÿe du nouvel emplacement de sa tombe ; mais, à présent, elle n'en avait que faire, car elle ne croyait plus à leur venue. Trop de temps avait passé, trop de temps seule à ruminer son chagrin et son désarroi d'être une nouvelle fois abandonnée à son triste sort, dans les bras du malheur.

Tremblez, mortels, tremblez, maudites créatures, vous qui pénétrez en ce sanctuaire au péril de votre misérable existence. Ecoutez le vieux portail qui grince dans l'air en furie, les croix de fer qui se plient au gré du vent avec des hurlements irréels, et ces cliquetis à vous figer le sang. Tremblez sous l'orage, en entendant les branches du vieil érable craquer, fuyez en sentant mes griffes sur vos épaules.


Ne prenez pas la vie trop au sérieux. De toute façon, vous n'en sortirez pas vivants.*

Citation :
*Citation de Elbert Green Hubbard.

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Un doux fantôme caresse vos esprits. Tremblez, mortels...
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Kÿe
Loup
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MessageSujet: Re: [RP] Se repentir.   Mar 1 Oct 2013 - 16:39

On raconte que lorsqu'une personne est morte dans d'atroces souffrances ou lorsqu'elle estime avoir encore quelque chose à accomplir, son esprit bien qu'ayant quitter son corps, refuse de se diriger vers le royaume céleste. Certains esprits deviendraient alors malfaisant, car c'était pour certains un désire de vengeance qui les retenaient ici, mais pour d'autres, c'était l'envie d'aider un membre de leur famille ou du moins un être qui leur été cher. La première catégorie est bien entendu la plus dangereuse car elle s'attaque aux êtres-vivants qui osent rentrer sur leur territoire ou qui les dérangent, quant à la deuxième catégorie, en général elle hante un objet ou une personne afin de lui venir en aide sans pour autant avoir le résultat voulu, malgré la bonne attention du début.
June avait mis en garde son père. En effet, il lui avait dit que ça mère, était toujours là, sous une certaine forme. Qu'elle faisait peur aux passants, aux visiteurs, qu'elle les terrorisait même et que par conséquent il avait fallu déplacer la tombe, un peu plus loin. Elle était toujours dans le cimetière, mais elle était loin des autres tombes, sous un un grand arbre et que depuis, plus aucun incident n'avait été déploré. Pourtant, il lui avait assuré qu'elle était toujours là.

Toutes les classes étaient présentes dans le cimetière, c'était assez simple à remarquer. Les petits croix de bois à l'entrée, représentaient les roturiers, ceux qui n'avaient pas de titre et qui avait travailler toute leur vie pour subvenir à leur besoin et qui au final n'avaient pas de quoi se payer une véritable stèle. Il y avait aussi de grand caveaux familiaux, un peu plus vers le centre du cimetière, ces endroits là étaient réservés aux grands noms du Berry, les grands nobles, ceux qui avaient marqué le duché de part leurs actes. Entre deux, des stèles de pierres, avec quelques gravures dessus pour indiquer la date de naissance et de mort et qui reposait à cet endroit. C'est dans cette dernière catégorie que se trouvait les amis de Kye.
Il traversa lentement le cimetière, sans s'arrêter mais regarda chaque tombe, certains noms lui évoquaient de bons souvenirs, d'autre des moins bons et enfin certains étaient de parfait inconnus pour lui. Si pour certains un cimetière était un lieu lugubre et sans vie, pour le Noircastel, ce cimetière était tristement rempli de bons souvenirs. A chaque nom qu'il reconnaissait il était partagé entre la stupeur d'apprendre que son ami était mort et aussi la tristesse d'une vie de rigolade et de bonheur partager avec cette personne.
Il tourna la tête vers l'arbre au loin où se trouvait une dernière tombe. La tombe. Si le pas était assuré à l'entrée, il était devenu hésitant au fur et à mesure. Etait-il vraiment prêt pour ça ? Le Noircastel n'avait jamais prêté attention aux histoires de fantômes et autres créatures surnaturelles, pour lui il ne s'agissait que de légendes populaires ou de récits d'alcooliques, mais là, cette fois, c'était différent. C'était son fils qui la lui avait raconté, il était sobre en plus ce soir là, et si son fils avait raison ? Et si elle prenait mal sa visite ?

L'orage grondait toujours, la pluie semblait plus fine qu'à son arrivé à Saint-Aignan, un léger vent c'était levé. Il ne faisait ni chaud ni froid, c'était le genre de température que l'homme aux cheveux noirs appréciait mais lorsqu'il s'approcha de la tombe de sa femme, une brise glaciale lui parcourut le dos. Et lorsqu'il expira, l'air qui sortait de sa bouche formait une petite fumée blanche avant de disparaitre dans la nature. ça ne le fit qu'une fois. Mais il parait que c'était le genre de signes qui annonçaient que l'on était en présence d'un esprit. Il n'y prêta pas attention, si c'était vraiment elle, alors soit.
La tombe n'était plus vraiment propre, elle avait souffert d'une trop longue absence de visite et des aléas de Dame Nature. La pierre n'était pas fissuré, mais elle commençait à se recouvrir d'une mousse verte. Devant, trônait un vieux bouquet de fleurs fanées qui perdaient quelques pétales à chaque petit coup de vent. Peut-être aurait-il dû en amener un.
L'idée ne lui avait pas traversé l'esprit lorsqu'il avait parcouru la ville et le cimetière, mais maintenant qu'il était devant la tombe de sa femme, il se trouvait bien con à être là, les mains vides. Et puis que dire ? Que faire ?

Peut-être qu'un petit nettoyage de la tombe s'imposait, il donna un petit coup de pied dans le bouquet de fleurs pour le dégager, peut importe ce qu'il représentait pour la personne qui l'avait mis là et il s'approcha de la pierre qu'il frotta grossièrement avec le cuir de son gantelet.Il recula de quelques pas pour voir le résultat, c'était pas grand chose, mais de toute façon, il avait déjà prévu de revenir une autre fois, pour vraiment la nettoyer. Il esquissa un léger sourire, c'était surement la première fois qu'il souriait depuis son départ. Cette idée lui traversa l'esprit et il baissa la tête alors que le sourire disparaissait au même moment.


- Pardonne-moi...

Il garda la tête baissé, avec pour seule réponse le cliquetis de l'impacte des goutes sur son armure, du grondement de l'orage et du souffle du vent.

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Kerah
Louve
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MessageSujet: Re: [RP] Se repentir.   Jeu 3 Oct 2013 - 13:00

Chaque jour ressemblait aux autres. Froid en toutes saisons, dénué de joies et de bons sentiments. Tout était mort, ici ; normal pour un cimetière, peut-être, mais outre la mort physique des autres habitants du lieu, il y avait comme un vide permanent qui n'existait pas avant. Les âmes s'étaient tues. La colère seule de Kerah grondait dans l'obscurité. On voyait des traces étranges de griffes qui avaient raclé la mousse de la tombe maintenant mise à l'écart ; une branche morte tombée du vieil érable s'était malheureusement choisie comme dernière demeure la tombe de la Sidjéno juste en-dessous. Elle avait fini déchiquetée par on ne savait quelle mystérieuse bête, si c'était bien une bête. Tout exprimait l'infinie désespérance que la blonde ressentait.

L'orage grondait toujours, et encore plus dans l'esprit de la Poète. Les éclairs traversaient les yeux bleus pâlis du fantôme qui ne cessait d'hurler en son for intérieur dès que se faisait sentir le grondement du tonnerre. La pluie mouillait la pierre, martelant de ses gouttes agressives le pauvre bouquet de fleurs, le dernier que Jigsaw avait amené. Jigsaw. Pourquoi déjà ne revenait-il pas ? Cette question se posait chaque jour, entre deux colères. La tristesse entre deux froncements de sourcils, l'averse entre deux tempêtes. Et Koraï ? Elle aussi avait disparu ? Ou simplement pris peur de sa propre mère, qui l'avait élevée, nourrie, vue grandir ? Désespérance. Allait-elle un jour les revoir ? Et même s'ils n'étaient plus de ce monde, elle coincée ici ne pouvait les rejoindre. Son regard sur la mort avait changé : son corps décharné n'avait pour elle plus aucun intérêt, son envie de vivre de nouveau s'était envolée. Elle voulait mourir, mourir vraiment, s'élancer vers cet autre endroit dont parlait parfois le père Doctorgradus dans ses messes. Celui où elle n'aurait plus besoin de crier sa détresse.

L'orage gronda encore. Quelque chose grinça, sans qu'on sache quoi ni pourquoi. Le vent s'engouffra partout, entre les tombes, dans les branches des arbres. Il fit même tomber une pierre du muret que les yeux furieux de la blonde suivirent un instant. Énervée par le bruit, elle s'apprêta à la pulvériser quand son regard fut soudainement attiré par un mouvement. Quelqu'un entrait dans le cimetière, faisant grincer le portillon : le bruit strident de la ferraille rouillée la mit encore davantage en rogne. Qui osait encore la déranger ? N'avaient-ils pas tous compris qu'il fallait se méfier de son courroux ?! Ne se rappelaient-ils pas l'air glacé qui venait leur chatouiller la nuque, ni ces objets qui tombaient malencontreusement sur les pieds, et ces murmures atroces qui sifflaient de mauvaises paroles à leurs oreilles ? La pierre à peine tombée du mur bougea, manquant se soulever de terre pour aller frapper le cou de l'intrus. Elle voyait déjà sa colère sous de multiples formes s'abattre sur l'individu. Une armure qui rouillait d'un coup, sans crier gare, et ces gants qui se tordaient d'avance en gémissant de douleur au moindre craquement de leur cuir. Les cheveux de jais se transformaient déjà en vipères démoniaques qui dévoraient elles-mêmes le visage de leur propriétaire et victime, et injectaient leur venin dans les yeux bleus, les faisant pleurer du sang. Et la réalité revint.
Le fantôme laissa échapper un rictus pour son bon plaisir, caché derrière sa tombe, scrutant de ses yeux malins le visiteur qui s'avançait. Elle voulait attendre encore qu'il vienne vers elle pour pouvoir le cuisiner à souhait, pour le voir souffrir de plus près et qu'il vienne crier pitié à ses pieds. Elle pourrait ainsi assouvir sa soif de vengeance, au moins pour ce jour, et avoir l'esprit tranquille pour la nuit. Elle avait raté le visiteur précédent, un pauvre vieillard qui venait visiter une nouvelle fois ses amis avant de sûrement bientôt les rejoindre. Celui-là ne repartirait pas.
Un doigt pâle suivit les gravures de la tombe d'un geste impatient.



KERAH SIDJENO
1412 - 1457

Quatre ans déjà qu'elle errait ici comme une vulgaire mendiante que le Très-Haut aurait oublié de rappeler auprès de lui. Quatre ans de trop. Elle avait l'impression d'une éternité passée là, à côté d'une vie qui n'avait été que trop courte. Existence trop rapide.

Aussi rapide qu'allait être la mort de ce pauvre hère tombé là par malchance. Elle n'avait pas envie cette fois de le torturer pendant des heures, quelques mauvais gestes suffiraient et elle l'achèverait en un bon coup. Elle revoyait encore l'armure et les gantelets souffrir, et tous ses vêtements se déchiqueter un par un laissant des morceaux de chair en lambeaux, dévorés par les flammes de l'enfer. Et ses cheveux qui se transformaient, et ses yeux...

Ces yeux bleus qui scrutaient sa tombe. Ces cheveux d'ébène qui tombaient sur la poitrine de celui qui avait une excroissance cartilagineuse à l'oreille gauche. Elle savait qu'il avait ça, malgré que cette particularité soit invisible sous la chevelure. Bien sûr qu'elle savait, elle qui avait aimé toucher, caresser, mordiller cette oreille particulière qu'elle appréciait tant. Et ces cheveux, aujourd'hui parsemés de quelques fils argentés, ces cheveux qu'elle enroulait autour de ses doigts lorsque le regard bleu se posait avec amour dans le noir. Les mains qu'elle avait tenues, là enfermées dans des gantelets de cuir qu'elle voyait s'embraser encore quelques instants auparavant., le cou qu'elle avait embrassé, et ces bras qui l'avaient enlacée. Elle se rappelait ces moments passés ensemble, ces jeux, ces gestes, ces moments intimes. Elle revoyait comme si c'était hier le sourire qui répondait au sien et les instants où il caressait son visage en la regardant avec tendresse.
Il avait vieilli. Quelques rides par-ci, par-là. Comme s'il avait pris dix ans depuis qu'elle l'avait vu pour la dernière fois. En lui, on sentait ce qu'il avait transmis à ses enfants : la fierté. La détermination et le courage, et tant d'autres choses encore. On voyait aussi ses traits fins, anguleux, qu'il tenait de sa lignée et qu'il n'avait que peu transmis. Elle le trouvait beau. Elle le trouvait magnifique. Elle le trouvait irréel, comme si c'était lui le fantôme et elle qui respirait encore.
Il marchait entre les tombes, traînant son regard triste sur les noms qu'il connaissait. Chacun de ses pas semblait indéterminé, comme s'il hésitait à avancer.

S'approchant finalement de la tombe à l'écart, il prit soin de pousser du pied le vieux bouquet de fleurs dont il ne savait sûrement pas la provenance, et gratta à plusieurs endroits la mousse verte qui recouvrait la pierre. Et voilà qu'il se relevait déjà, tandis que le fantôme qui s'était caché, recroquevillé derrière le monument funèbre, fermait les yeux et écoutait calmement. Elle avait l'impression d'entendre son coeur qui battait dans sa poitrine tellement ce moment était fort. Il était là, Il était revenu.
Que faire, à présent ? La colère s'était échappée comme un oiseau d'une cage. Kerah avait l'impression de revivre, sentant à nouveau le battement incessant et rapide du myocarde, sa respiration saccadée, le tremblement de ses mains, et tout ce corps de brume qui frissonnait.
Le temps semblait s'être arrêté. Les secondes, les minutes se firent interminables. Elle entendait la respiration de Kÿe comme si elle était dans son propre corps. Elle sentait la tête de l'homme qu'elle avait aimé se baisser, et sa voix comme une bouffée de chaleur qui disait ces quelques mots.


"Pardonne-moi..."

Le pardonner ? Fallait-il le pardonner de sa trahison ? N'était-il pas, en un sens, responsable de la mort de sa propre femme ? Et même s'il ne l'avait pas tuée de ses mains, la souffrance psychologique qu'il lui avait infligée avait été la pire des morts, lente et douloureuse. Ses trois enfants avaient vu leur mère dépérir, partir peu à peu de cette vie qu'elle ne pouvait plus apprécier sans lui.

Alors qu'elle se relevait et lui faisait face, la tombe les séparant encore, sa peau retrouvait tel un miracle sa couleur d'antan, sa couleur de vie. Ses bras n'étaient plus brumeux, ils étaient vrais. Telle une vivante pendant quelques instants autorisés par le Très-Haut ; son souvenir avait été exaucé, vivre de nouveau, même si ça n'était que temporaire. Vivre de nouveau pour les derniers mots à prononcer. Elle sentait sous ses pieds nus la vie du sous-sol, les feuilles mortes déchirées et les petits morceaux de sa tombe qui avaient un jour voulu s'échapper. Sur sa peau, le souffle du vent qui s'était adouci faisait soulever les poils et lui donnait la chair de poule. Ses ongles caressait l'air, elle paraissait réelle, et irréelle à la fois. Une simple robe bleue l'habillait, le flot du tissu qui arrivait sous les genoux semblait danser dans l'air.

Puis, suivant l'ordre d'une voix venue de nulle part, son instinct peut-être, elle se mit debout devant lui, et d'un doigt pâle mais réel lui releva le menton, plongeant une nouvelle fois les yeux bleus d'une blonde amoureuse dans les pupilles sombres d'un homme venu se repentir.

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Un doux fantôme caresse vos esprits. Tremblez, mortels...


Dernière édition par Kerah le Ven 11 Avr 2014 - 12:24, édité 3 fois
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Kÿe
Loup
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MessageSujet: Re: [RP] Se repentir.   Sam 14 Déc 2013 - 18:52

Stupéfaction, étonnement, peur, terreur, bonheur. Tout ça se mélangeaient dans la tête de Kÿe. Comment était-ce possible ? Son fils lui avait bien dit qu'elle était morte et enterrée, mais, il avait dit aussi qu'il pourrait être surpris par ce qu'il pourrait se passer. Etait-ce donc de cela qu'il parlait ?
Etrangement, les mauvais sentiments, ceux de peur et de frayeur disparurent au même moment que les deux regards se croisèrent. Il n'avait pas peur des conséquences de cette rencontre. De toute façon il n'allait en parler à personne, pas même à son fils, pas même à sa fille, personne ne serait au courant alors l'inquisition ne lui poserait pas problème et puis ça ne serait pas la première fois qu'il aurait affaire à eux.
C'est surement ça, quand on joue avec les limites des croyances populaires mais jusqu'à maintenant Kye avait toujours réussi à manipuler les inquisiteurs rencontrés en sa faveur et ainsi échapper aux ennuies. Mais là, c'était clairement différent, parler de fantômes, affirmer qu'ils existent et qu'on en a vu un est totalement différent, surtout quand il s'agit de sa femme. Le Noircastel passerait pour un fou, un grand malade et il perdrait toute crédibilité devant ses clients bien que certains étaient bien plus fou que cela.


- Comment....


Il ne pu même pas finir sa phrase. Non pas qu'il était coupé par quelque chose ou quelqu'un, comment peut-on appeler ce qui est en face de lui ? Non, tout cela dépassait l'entendement, pour lui c'était impossible, il devait surement rêver. Sa femme était toujours aussi jeune alors que le temps avait laisser sa marque sur le corps du vieux Noircastel, pas que le temps d'ailleurs, les différents combats, sa vie entre la mort de sa femme et son retour alors quoi ? Qu'était-ce que cela ?
Etait-ce une épreuve d'Aristote ? Une blague de Dieu ? Un jeu de la part d'une sorcière qui jouait avec ses sentiments, ses souvenirs ? Ou allait-il bientôt se réveiller, d'une seconde à l'autre, dans un lit froid et vide ?
En tout cas, ce doigt sous son menton, lui, était bien chaud, chaud comme la vie, chaud comme l'amour. Il se mit à sourire, bêtement, à avoir les yeux brumeux.


- Tu n'as pas changé...


Mais que devait-il faire ? Ou dire ? Il avait déjà assez de mal à sortir une phrase ou deux. Peut-être était-ce à sa femme de lui parler alors il se tu et attendit une réponse.

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"Kÿe il est trop swag." JD Kÿe
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Kerah
Louve
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MessageSujet: Re: [RP] Se repentir.   Ven 11 Avr 2014 - 11:57

Un doux sourire. Le plus doux, le plus amoureux, le plus beau sourire. Voilà ce qu'elle avait choisi de lui offrir en premier.
Bien sûr qu'il n'en croyait pas ses yeux. Elle l'avait su d'avance, dès qu'elle s'était sentie commencer à renaître. Comment pouvait-il croire que l'on pouvait revivre après la mort ? Tout cela était bien sûr impossible, contraire à ses croyances, aux valeurs de la vie et de la mort que le Très-Haut avait imposées à tous ses enfants. La seule explication rationnelle aurait été que la Poète n'était en fait que vie. Ou peut-être était-ce un rêve, tout simplement ?


"Toi non plus, tu n'as pas changé."

Elle avait toujours la même voix douce et habituelle qui la caractérisait. Et lui ses beaux yeux bleus auxquels elle tenait tant. Son doigt fin n'avait pas quitté le menton blanc. Oui, elle avait gardé sa jeunesse apparente, plus que lui. Elle n'était pas la Kerah qui avait longuement pleuré : ce visage-là reflétait la Poète en ses heures de bonheur et de gloire. Lui, en revanche, avait pris les marques du temps ; quelques rides, des cicatrices de diverses provenances, un regard fuyant, une peau moins belle qu'avant. Mais l'éclat de ses yeux était resté le même, et c'était tout ce qui comptait.

Ce bonheur de pouvoir les contempler de nouveau la fit replonger dans un flot de souvenirs où le malheur n'avait pas sa place.
Décor planté. Le Berry, province chérie qui l'avait vue naître et grandir, et surtout Saint-Aignan qu'elle affectionnait plus particulièrement : son petit village tranquille ; Max, un ami d'enfance avec qui elle avait décidé d'effectuer son tout premier voyage, en Bourgogne. Pourquoi l'Est, pourquoi cette province ? Elle ne se souvenait plus. L'instinct ? Le destin, peut-être, tout simplement. Ils s'étaient arrêtés à Autun pour faire une pause, sans savoir que la ville calme et fleurie serait déjà leur terminus avant le retour au bercail. Elle se souvenait de ces promenades dans les ruelles qu'elle avait su apprécier, de ce calme reposant et bonifiant, et de l'auberge mignonne trouvée dans un coin de rue où elle avait décidé de passer sa première soirée bourguignonne. Elle se voyait encore pousser la lourde porte de bois de l'établissement, et découvrir un intérieur pittoresque, chaleureux et animé. Ce soir-là, il y avait les habitués, dont certains croisés un peu plus tôt dans la cité, accoudés au bar et discutant avec le tavernier, et quelques voyageurs rencontrés sur la route en venant, qui discutaient d'une voix animée autour d'une table. Cette ambiance lui plaisait beaucoup. Elle se rappelait que c'était un vendredi. Elle s'était installée au bar près des autres, avait commandé une bonne bière fraîche et, en attendant la préparation de sa commande, avait jeté un œil autour d'elle. Elle avait remarqué cet homme assis seul à une table dans l'ombre d'un mur, habillé d'un long manteau ou d'une cape dont la capuche recouvrait sa tête et cachait son visage. Après avoir récupéré sa boisson, elle s'était assise en face de lui, avait posé sa chope sur la table et lui avait sourit. Elle était comme ça, Kerah. Elle s'intéressait aux gens qui n'intéressaient personne. Elle s'approchait de ceux dont il ne fallait pas s'approcher. Et elle apprivoisait le moins apprivoisable des hommes. Et tout avait commencé comme ça.
Ils avaient discuté, de tout, de rien, des voyages, de lui, d'elle, des autres. Il avait relevé sa capuche, laissant apparaître son visage anguleux à la peau pâle, ses yeux bleus et sa fameuse excroissance cartilagineuse à l'oreille gauche. Il avait plaisanté en prétextant qu'il était un elfe, comme dans les légendes du vieux monde ; enfin, un demi, car seule une de ses oreilles était déformée. Lui avait l'oreille, et elle la beauté fine et pure d'un elfe. Et s'ils l'étaient vraiment ? Puis, de retour dans le monde du réel et des humains aux oreilles rondes, elle avait décidé après cette soirée de rester un peu plus longtemps que prévu à Autun. Max était d'accord. Ce qui ne devait être qu'une étape d'un jour et d'une nuit devenait peu à peu un séjour d'une semaine... Ou plus, s'il le fallait.
Ils se voyaient tous les soirs, dans cette même taverne et à cette même table où ils discutaient chaque fois si longuement au point de ne plus voir le temps passer. Elle l'avait un soir défié au combat à l'épée, et si elle était très bonne bretteuse, il n'en était pas des moins doués non plus. Ce n'était un coup d'essai pour aucun des deux. Un coup à gauche, un à droite, plus bas. Il pare rapidement et attaque à son tour. Il manque de lui couper une mèche de ses beaux cheveux blonds, et elle redouble d'ardeur après ce sacrilège - c'est une femme, après tout, elle y tient à sa tignasse dorée. Après vingt bonnes minutes de combat, il la désarme. Cette fois, il avait gagné. D'autres fois, c'était elle. La force de l'un compensait la technique de l'autre. Le jeu de jambes combattait la souplesse. Tout cela avait-il un sens ? Pour les autres peut-être pas, mais pour eux, la vie prenait tout son sens lorsque l'un avait la compagnie de l'autre. L'être humain avait cette drôle de faculté de pouvoir s'attacher rapidement à celui qui lui correspondait, comme s'il avait trouvé son alter ego, son autre lui, une sorte de miroir qui ne le reflétait pas mais qui lui donnait une sorte de confiance en lui. Certains appellent ça un ami. Et la femme et l'homme, comme dans une bulle, entourés par les autres mais ne les voyant qu'à peine, vivaient l'un pour l'autre, telle une symbiose parfaite.
Mais un jour, il fallut bien quitter ce doux monde : Max devait rentrer, et Kerah aussi. Mais comment partir comme ça, d'un coup, comme s'il ne s'était rien passé, après avoir vécu ce lien si particulier avec une personne comme lui ? Comment se dire, une fois rentrée, que tout ça était terminé, et que ce n'était qu'un épisode d'une longue vie ? Allait-elle, dans dix, vingt, trente ans ou plus, encore se rappeler de ces instants et de lui ? Lui s'appelait Kÿe, et il lui facilita la tâche : il partit avec elle.

S'en suivit ensuite une vie dont chacun aurait rêvé, remplie de ces bonnes petites choses de la vie : l'amour, la joie, le calme, le bonheur, le plaisir d'être ensemble. Le 107 de la rue du Duc Juju à Saint-Aignan accueillit un couple amoureux qui chaque matin se levait pour vivre une journée meilleure que celle de la veille et moins bien que celle du lendemain. Tous deux étaient appréciés des habitants du village, aidant les pauvres, réconfortant les malheureux, apportant un soutien à tous ceux qui en avaient besoin. Ils participaient à la vie de la bourgade de leur façon, remplissant avec chacun les tavernes de rire et de bons moments. Certains diront que c'était le bon temps, d'autres y replongeront dans leurs souvenirs qui jamais ne s’effaceront. Kerah et Kÿe avaient proposé à beaucoup de jeunes de les parrainer afin de les mener vers le droit chemin dans leur vie. Kerah avait eu ce privilège grâce à Miranda, la meilleure des marraines de tous les temps, et elle réitérait cette bonne action à son tour en donnant à chacun qui le voulait un sens à sa vie. Et parmi ceux qui avaient accepté, il y en avait deux qui était presque devenus les enfants du couple : Evaziion et Chickenkilleur ; Eva et Chick, comme on les appelait plus souvent.
La Poète et son compagnon avaient pris leur temps avant de choisir d'un jour se faire baptiser, et ensuite se marier. Il avaient attendu d'en avoir vraiment envie, de trouver le bon moment. Presque trente ans de couple avant ces cérémonies, comme un couronnement de leur amour et de leur fidélité. De nombreuses personnes étaient venus assister au baptême le 24 mars 1456 à l'église de Saint-Aignan : les fillots Eva et Chick, bien sûr, les parrains et marraine en les personnes d'Anthelmar - qui se faisait aussi baptiser ce jour-là -, Crategos et Miranda, et des amis, des connaissances, Clealan, Marilou, Garius, Erathorn... Doctorgradus avait baptisé trois âmes ce jour-là, dont deux pour leur permettre de se marier devant le Très-Haut. Et c'était un 19 avril, toujours en 1456, quelques semaines seulement après leur baptême commun, que le même Doc les avait unis devant Dieu et devant leurs amis dont les noms revenaient à Kerah dans une douce mélopée. Miranda la douce. Anthelm' le sage. Eva la folle. Chick l'excité. Valatar le courageux. Elissar la guerrière. Ezhelkiel la belle. Jospinette. Dexter. Georgepoilu. Asterie. Garius. Mailysprincess. Avi. La plupart avaient disparu de la surface de la Terre, mais ceux qui lui étaient les plus chers vivaient encore dans ses souvenirs et dans ses pensées les plus heureuses.

Kerah avait eu ses enfants bien avant le mariage, en 1427 et en 1432, soit 29 et 24 ans avant. Elle ne l'avait pas avoué devant le Très-Haut, malgré que tout le monde au village le savait et même s'il se disait que Dieu voyait tout, même ce qu'on lui cachait. De toute façon, elle ne tenait vraiment compte de l'existence d'une divinité que quand ça l'arrangeait.
En 1427 donc, un mardi 1er juin, June et Jigsaw étaient présentés au monde. Deux garçons, blonds aux yeux bleus, à la ressemblance presque parfaite. Normal pour des jumeaux, peut-être, mais aucun signe distinctif, même minuscule, ne les différenciait. Seuls leurs caractères divergeaient, l'un plus calme et plus réfléchi, l'autre aventurier et casse-cou. June était plus proche de sa mère ; il s'intéressait à tout ce qu'il pouvait découvrir. Il apprit la médecine, la poésie et l'écriture sous l'enseignement de Kerah. Il étudia lui-même la diplomatie dans les livres et auprès des sages, et avait beaucoup de culture acquise durant toute son enfance et son adolescence ; il ne négligeait pas son corps en s'entraînant régulièrement à grimper aux arbres, en travaillant dur dans les champs et en s'entraînant avec son père et son frère. Ses endroits préférés était la bibliothèque et la forêt, où il étudiait quand il ne travaillait pas. Jigsaw, en revanche, était un véritable guerrier, suivant chaque enseignement de Kÿe sur ce sujet. Il s'entraînait avec les jeunes hommes de la ville qui osaient l'affronter. Il apprenait à s'occuper de sa monture et à combattre autant à pied qu'à cheval ; il savait très bien pêcher et chasser. Son corps changeait de jour en jour pour devenir celui d'un homme fort. Il n'était pas idiot pour autant car si son frère étudiait à outrance, lui ne manquait pas le coche et suivait parfois les cours que leur mère leur dispensait.
Une petite sœur aux cheveux d'un beau roux venu de nulle part vint au monde à son tour quelques années plus tard. Koraï était la fusion de ses frères : un caractère explosif, des idées saugrenues et, quand elle le voulait bien, une sagesse peu ordinaire pour une enfant. Elle grandit entre June et Jigsaw, séparant leurs bagarres, séchant leurs larmes et encourageant leurs talents respectifs. C'était là un trio extrêmement dépareillé, mais ne dit-on pas que les contraires s'attirent ? Ceux-là en tout cas formaient une fratrie très soudée et indestructible. Seule la mort - et encore ! - pouvait venir arracher ces trois loups de cette vie.
La vie avait été jusque là heureuse pour Kerah. A son souvenir, elle avait toujours été heureuse. La fin importait peu, c'était l'essence même de l'histoire qu'il fallait retenir. Dans son esprit, la vie s'était arrêtée à sa sortie de l'église après le mariage. Même si tout cela ne restait à présent qu'un lointain souvenir, il était important de s'en rappeler. Sans son histoire, qu'est une personne, sinon un être fade et sans intérêt ?

Et à présent, que lui restait-il à faire ? Chaque souvenir était rangé à sa place dans sa tête, elle était morte et enterrée, elle avait donné tout ce qu'elle possédait à ses enfants, excepté l'anneau d'argent qui scintillait encore à son doigt, et la vie continuait sans elle. Une fois encore, elle avait revu le film de sa vie, sans parvenir à en voir la fin. Que cela signifiait-il ? Fallait-il modifier cette fin, la réécrire pour qu'elle soit idéale ?
Puisque le Très-Haut lui donnait apparement cette occasion, elle choisit de la tenter. Après tout, qu'avait-elle encore à perdre ?
Elle prit la tête de Kÿe entre ses mains, plongea ses yeux dans les siens.


"Et si nous réécrivions la fin de notre histoire, Kÿe ?"

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Un doux fantôme caresse vos esprits. Tremblez, mortels...
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Kÿe
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MessageSujet: Re: [RP] Se repentir.   Lun 17 Nov 2014 - 16:51

C'était une menteuse. Une belle menteuse. Elle avait souvent menti, mais toujours pour faire plaisir à Kÿe. Le genre de mensonge que l'on peut dire à un enfant lorsqu'il vient vous montrer quelque chose d'inintéressant. C'était ce genre de mensonge qu'elle faisait. Rien de bien méchant donc et puis Kÿe était toujours content de pouvoir parler de ce qu'il faisait, de ce qu'il disait, de ce qu'il voulait faire. Il en était très fier à chaque fois et Kerah aimait bien le voir comme ça.
Elle lui mentait aussi, quand elle lui disait que tout allait bien alors que non. Kÿe n'était pas dupe, il le voyait, mais ne disait rien. Il faisait en sorte que cela aille sans qu'elle ne le remarque. Il était comme ça, si elle ne voulait pas parler de quelque chose, alors il ne la forçait pas à le faire. Elle viendrait le faire d'elle-même si c'était nécessaire. Il ne lui en avait jamais tenu rigueur et puis même s'il le faisait, elle saurait se faire pardonner dans l'instant par un doux baiser.
C'était donc une menteuse. Comme si le temps n'avait rien fait au Noircastel. Le temps avait bien commencé à laisser sa patte sur le vieux loup, certains cheveux étaient devenus blancs. La chevelure en restait encore bien sombre, mais pour combien de temps désormais ? Les rides ? Non, il n'en avait que très peu, étrangement Kÿe réussissait à garder un visage très jeune. Et puis, le temps n'avait pas seulement laissé sa marque de cette façon.
Le temps avait aussi permis à Kÿe de vivre une autre vie, plus dangereuse, plus mortelle, qui elle avait laissé plus d'une trace sur son corps. Cicatrices et brûlures, le corps en était couvert. Il espérait cependant, que de là où elle était, elle n'avait pas vu cela. Quelle image cela donnerait-il de lui ? Non, à cet instant il voulait rester et être l'homme qu'elle avait connu jusqu'à sa mort. C'était peut-être égoïste de la part de Kÿe, mais il voulait continuer à voir ce regard qu'elle lui donnait, ce sourire qu'elle lui lançait.

Puis venait la proposition de réécrire la fin de l'histoire ? June lui avait dit qu'elle était toujours présente, ici, dans ce cimetière, qu'il la voyait souvent. Bien entendu, le père ne l'avait pas cru. Comment croire une connerie pareille ? Maintenant qu'il la voyait devant elle, il était difficile de ne plus le croire. Pourtant, placé devant l'évidence que sa femme était toujours vivante, même si ce n'était pas physiquement, il en devient très égoïste chose qu'il n'était pas en temps normal.
Réécrire cette fin, c'était lui permettre de quitter ce monde définitivement, mais Kÿe n'en avait pas envie. Non, il voulait qu'elle reste ici, avec lui. Elle était là physiquement devant lui, il pouvait la sentir, la toucher, l'embrasser. Non, il ne voulait pas que ça s'arrête, il voulait que ça continue encore, il voulait qu'elle vienne vivre avec lui, qu'ils retournent chez à Saint-Aignan, dans leur maison de la forêt. Il aurait tué pour que cela soit possible, mais ça ne l'était pas. Il devait se rendre à l'évidence, il devait la laisser partir, une bonne fois pour toute.
Cette demande, c'était surtout l'occasion de la laisser partir en paix, elle. Alors, oui, les prochains jours seraient difficiles pour le Sidjéno-Noircastel. Bien plus que ceux qui ont suivi l'annonce de cette terrible nouvelle. Au moins, cette fois-ci il pouvait lui faire des adieux comme il le fallait, comme il le devait, comme cela aurait dû être la fois où c'est arrivé.

La gorge serreé, il s'approcha d'elle, passa ses bras autour de la taille féminine et remonta ses mains jusqu'aux omoplates. Il la serra aussi fort qu'il le pouvait, aussi fort que c'était possible, aussi fort que l'émotion lui permettait et vient nicher son visage dans le cou de Kerah. Sentir cette odeur, cette chaleur, une dernière fois. Il n'était plus question que de ça maintenant, tout faire une dernière fois, tout terminer aujourd'hui. Il n'y aurait plus rien ensuite, juste un vide difficile à combler, peut-être impossible même.


- Je suis désolé Kerah...mon amour...Je ne sais pas si je serai capable de faire ça...je ne veux pas que tu partes...reste...

Il serra ses poings dans le dos de sa femme, attrapant la robe au passage pour la chiffonner dans ses mains. L'émotion devenue trop forte arracha une larme au vieux loup.
Le reste de ses pensées furent pour Aristote. Il le maudissait intérieurement. Pourquoi lui faire subir cette chose ? Le deuil qu'il avait fait à son arrivée à Bourges avait été suffisamment éprouvant ainsi. Et là, lui demander de la laisser partir, c'était bien trop dur pour lui. C'était impossible. Non, il ne pouvait accepter ça, il n'y arriverait pas. Cette femme il l'aimait trop encore, bien plus qu'il ne puisse l'imaginer, qu'il ne pouvait accepter. Il pensait être passé à autre chose, mais en fait, ce n'était pas le cas. Loin de là.
Kye était en train de passer par toutes les étapes du deuil à nouveau. Déni, colère, marchandage, acceptation...La dernière serait la plus compliquée à accepter, mais pour cela, il y avait Kerah.

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"Kÿe il est trop swag." JD Kÿe
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[RP] Se repentir.

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